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lundi 19 octobre 2015

Les cartes postales anciennes et les guerres de Vendée (IV)

 Nous allons poursuivre aujourd’hui encore, par un quatrième volet, la série d’articles que nous avons commencée au début du mois de septembre 2015. Cette dernière a pour objectif de présenter de quelle manière les cartes postales datant du début du XXème siècle (documents d’un genre nouveau), pouvaient servir à écrire l’histoire locale et par conséquent celle des Guerres de Vendée.


4°- Les cartes postales anciennes préservent les récits du XIXème siècle :
En effet, certains éditeurs vendéens ont parfois fait imprimer sur leurs cartes postales en plus de la légende stricto sensu un petit texte qui explique l’événement, décrit le contexte général ou retranscrit un récit plus ou moins légendaire. Le photographe Eugène POUPIN de Mortagne-sur-Sèvre est sans doute le spécialiste de la question. Comme il s’agit souvent d’informations rapportées, il faut toutefois les lire avec réserve car elles contiennent souvent des erreurs ou des approximations. Elles ont tout de même le mérite : de retranscrire des récits parfois intéressants, de montrer que le souvenir des Guerres de Vendée était resté vivant et de nous présenter des sites liés à l’histoire de la Vendée Militaire. Nous allons vous en montrer cinq exemples caractéristiques.

 
  • Cette première carte postale, non numérotée, a été éditée vers 1910 par le photographe E. Guitton de Mareuil-sur-Lay (Vendée). Elle représente le pont dit de Mainclaye sur la rivière la Smagne séparant les communes de Corpe et de Bessay. Elle porte comme légende : « Mareuil et ses alentours, Pont de Mainclaye où eut lieu un combat entre les Chouans et les Bleus pendant les guerres de Vendée ». Monsieur Guitton évoque bien le combat mais il n’a pas pris de risque en n’approfondissant pas. Il a en outre l’habitude de placer souvent tous les édifices situés dans les différentes communes du canton au chef lieu Mareuil. Il s’agit évidemment d’un épisode de la célèbre et désastreuse bataille de Luçon le 14 août 1793 (la troisième). Les troupes de Charrette, Lescure, D’Elbée, La Rochejaquelein, Marigny et Royrand participaient au combat. Les soldats vendéens n’étaient pas habitués au paysage de la Plaine et ont été décimés par l’artillerie adverse. Ils furent obligés de battre en retraite et le pont de Mainclaye était leur seule chance de salut. Malheureusement, celui-ci était très étroit et était en outre obstrué par une pièce de canon engagée de travers. Charrette protégea lui même la retraite en quittant le pont le dernier. Les vendéens laissèrent environ 5 000 morts sur ce champ de bataille. 



  • Cette deuxième carte a été éditée en 1904 par le Photographe Eugène Poupin de Mortagne-sur-Sèvre sous le numéro 130. Elle sera par la suite rééditée vers 1920 par son gendre Victor Jehly avec le numéro 1277. Elle représente le château de Saint-Mesmin situé en fait sur la commune de Saint-André-sur-Sèvre dans le département des Deux-Sèvres. Elle comporte comme légende : « Beau donjon, surmonté d’une tourelle (XIVème et XVème siècles). En 1794, 40 paysans, renfermés dans le château y soutinrent, contre le général Bonnaire, un siège héroïque. Forcés de capituler, ils obtinrent les honneurs de la guerre ». Effectivement, la forteresse primitive de Saint-Mesmin a été reconstruite en 1373 par Pierre de Montfaucon et réaménagée au XVème siècle par ses descendants. En 1796, un groupe de 42 vendéens dirigés par le garde-chasse Peault se réfugièrent au château. Ils y furent assiégés par 250 soldats bleus commandés par l’adjudant général Cortez (on a parfois dit 1500 et même 4500). Sans vivres, et avec très peu de munitions, ils résistèrent du 21 au 23 février 1796. Contraints de se rendre, ils obtinrent la vie sauve et les honneurs de la guerre. Toutefois, sans l’intervention énergique du général Hoche ils auraient été exécutés à La Châtaigneraie. Ils furent tout de même emmenés prisonniers à Noirmoutier où la plupart moururent de maladie. Comme on peut le voir, malgré des petites erreurs, la légende de Poupin était tout de même bien documentée et intéressante. 


  • Cette troisième carte postale a été éditée en 1908 par Eugène Poupin de Mortagne sous le numéro 2049. Son nom figurant sur le tronc de l’arbre à gauche est très difficilement lisible ; mais il ne fait pas de doute. En effet, il avait déjà réalisé en 1900 une carte postale précurseur (numéro 23) d’une moins bonne qualité technique et représentant aussi ce pré dit du massacre situé au lieu-dit Saint-Philbert dans l’ancienne commune de Saint-Hilaire-de-Mortagne. Le texte imprimé sur ces deux cartes postales est absolument identique à quelques détails orthographiques près. En 1900, il avait écrit le 24 mars (au lieu du 23 mars), Sapinaud (et non pas Tapinaud) et Képler (à la place de Kléper). La légende qu’il a écrite ici porte en réalité : « Le 23 mars 1794, un détachement de 200 hommes commandés par Kléper fut attaqué par trois chefs de l’armée Vendéenne : de Tapinaud, Marigny et Stofflet. Plutôt que de se rendre Kléper se fit tuer avec tous ses hommes. Trois seulement purent s’échapper - d’où le nom de pré du massacre ». Il s’agit évidemment d’un combat préliminaire à la prise de Mortagne-sur-Sèvre réalisée par Marigny, Sapinaud de la Rairie et Stofflet les 24 et 25 mars 1794. La veille du début de la bataille (donc le 23 mars), un détachement de 147 hommes commandé par le capitaine Kepher (ou Képler), sorti pour chercher des vivres et du fourrage, tomba en embuscade parmi les trois troupes vendéennes allant se regrouper devant Mortagne. Seuls 8 hommes blessés parvinrent à en réchapper.

  • Cette quatrième carte postale, portant le numéro 803, a été éditée en 1905 et elle aussi par Eugène Poupin de Mortagne-sur-Sèvre. La carte postale représente un calvaire à l’entrée du bourg de La Copechagnière, à proximité de la forêt de Gralas. La légende indique : « C’est à la Copechanière (sic) que la légende place un fait d’armes extraordinaire. En 1793 les Gas s’étant réunis sous la conduite d’un capitaine improvisé, celui-ci les ralliant sur la place publique s’écriait : attention les Gas, deux hommes sur trois rangs et en avant . La mêlée fut terrible. Après le combat on ramassait sur le champ de bataille trente deux sabots du même pied ». Cette fois-ci le photographe dit lui même qu’il s’agit d’une légende qu’il place vaguement en 1793. Elle nous donne l’impression d’une invraisemblance. En effet à l’époque de Napoléon Ier les souliers des soldats n’avaient pas de pied. On peut penser qu’à l’époque des guerres de Vendée les sabots des paysans n’en avaient pas non plus ! En outre, 6 jeunes gens qui lors d’un combat laissent 32 morts sur le terrain, c’est effectivement extraordinaire. A moins que cela n’illustre les vers de Corneille dans Le Cid :  « Nous partîmes cinq cents mais par un prompt renfort, nous nous vîmes trois mille en arrivant au port ».


  • Cette cinquième carte postale ne porte pas de nom d’éditeur. Mais la conception générale et la police de caractère nous laisse penser qu’il pourrait encore s’agir de Poupin. Dans cette hypothèse, le numéro 189 placerait la date de son édition en 1904. Le cliché représente la façade sur le parc du petit château des Barillères à Saint-Hilaire-de-Loulay (près de Montaigu). Il porte l’inscription suivante : « Un souvenir historique se rattache au château des Barillères. Au début de l’insurrection vendéenne, la garde nationale de Montaigu demanda du secours à celle de Mortagne. Le Directoire de cette ville lui envoya un détachement sous la conduite du commandant Douet. Surpris par l’armée Vendéenne, il fut massacré près de l’étang du château. Deux seulement purent d’échapper ». Il s’agit vraisemblablement ici d’un récit rapporté au photographe, lors de son passage, par les propriétaires de l’époque Arthur de Marcé et son épouse Soline de Lauzon. On ne comprend pas bien pourquoi des soldats de Mortagne se dirigeant en urgence vers Montaigu seraient passés par Saint-Hilaire-de-Loulay. Toutefois, le texte est documenté, puisqu’on en trouve mention dans les Chroniques Paroissiales de l’Abbé Aillery, reprenant un texte de Dugast-Matifeux : « C’est dans l’ancien chemin, vers l’étang qui le borde, que périrent au début de l’insurrection vendéenne, les vingt-cinq gardes nationaux de Mortagne et de Tiffauges, mandés pour venir au secours du district de Montaigu ».

    Maurice Bedon


1 commentaire:

  1. Très bien belle soirée en perspective avec deux talentueux conférenciers dans le bocage vendeen

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