Prochaine journée vendéenne le samedi 21 octobre 2017 dans la région de Cholet. Restauration d'une croix, pose de plaque commémorative, veillée vendéenne... Retenez dès à présent cette date.

mardi 27 décembre 2016

Notre-Dame du Pé et les souvenirs du président et de la trésorière

Eglise de Notre-Dame du Pé
Notre-Dame du Pé et Louis Rougé

S'il est une paroisse chère au cœur de Sophie et chère à mon cœur, c'est bien celle de Notre-Dame du Pé. Avant la Révolution elle appartenait au diocèse d'Angers, aujourd'hui à celui du Mans.
  C'est à Notre-Dame du Pé qu'est né, le 20 avril 1817, le légendaire braconnier de l'Anjou, Louis Rougé. Sa maison natale existe peut-être encore au village de la Bruère, mais Louis Rougé vécut ses enfances au village des Gatz où l'on montre la maison qu'occupaient ses parents.
Après avoir épousé sa cousine, Marie Rougé, le mercredi 25 juin 1845 à Daumeray, le couple s'installa à la Démennerie dans les bas de Saint-Germain, proche de la forêt du Grip, très proche de Notre-Dame du Pé. Pays de bois et de nature, providentiel pour les braconniers.

La maison du braconnier

La Démennerie, détruite en 1959
La Démennerie ! Je l'ai vue de mes yeux. Pas sur une photo jaunie. Non je l'ai vue "en vrai". C'était à l'automne 1956. Mon père qui se passionnait depuis l'enfance pour la Vendée et le braconnier angevin, (il lisait et relisait l'ouvrage de Saint Martin), avait demandé à ma mère de nous conduire à la Démennerie. C'était à la fin d'une après-midi que je n'oublierai jamais. Sur la petite route qui conduit à la Roche-Péan, au carrefour de la Marre au Brec, puis vers Durtal, ma mère avait garé sa voiture - une 203 - en face le village de la Démennerie. Mon père m'avait immédiatement désigné la maison du braconnier.
   Une maison ? une "biquerie", une "gagnerie", avec un petit jardin derrière. C'était là qu'avait vécu le braconnier, celui qu'un historien qualifiera de "dernier chouan de l'Anjou". Rougé avait fait ressurgir tous les thèmes de la chouannerie : l'anti-ville, l'anti-état, etc. Et puis cet esprit de communauté des gens du pays. Tous solidaires pour aider l'un des leurs. Histoire de taillis, de chemins creux, de grands espaces naturels -la forêt et les bois étaient partout- histoire d'amitié, histoire d'hommes...  Dieu, jamais oublié. Lors de son arrestation, Louis Rougé avait un chapelet sur lui...
     La Démennerie, quartier de l'ancienne chouannerie à Daumeray, au centre du "baugeois mystique". Avant Rougé, la petite maison avait appartenu à un Touchet, considéré comme "le patriarche" de la "Petite église" , famille à laquelle appartenait la mère du braconnier. Tout près, à Saint-Germain, subsistent les tombes de membres de cette Petite église. Un coin fascinant. Grande fut mon émotion devant cette maison qui abrita Louis Rougé et sa famille et qui fut témoin de tant d'événements entre 1854 et le début de l'année 1858. Trop à dire.

La passion du passé

 C'est cette maison qui m'a donné, j'en suis sûr, le virus de l'histoire. Une passion qui a décidé du reste de ma vie. J'avais alors neuf ans. C'est seulement en 1966, aux Archives de Maine et Loire, que j'eus accès au dossier Louis Rougé, côté alors 26M83. Mais la série M (vaste série s'il en est, elle abrite notamment les nombreuses Demandes de pension des anciens soldats vendéens et chouans de l'Anjou, demandes que j'ai entièrement dépouillées ainsi que celles qui figurent dans le fonds de Romain), a été reconditionnée (en fonction de la circulaire des Archives de France du 16 décembre 1965).
    Bientôt j'obtins, de M. le Procureur général (je conserve précieusement sa lettre), l'autorisation de consulter le dossier de la cour d'assises qui était encore conservé dans les archives de la cour d'Appel d'Angers. En même temps, j'entreprenais une campagne d'investigations dans les archives des mairies de Daumeray, la Chapelle d'Aligné, Notre-Dame du Pé, etc., et je menais auprès des habitants du pays une longue enquête sur cette formidable affaire. Moment exaltant ! La plupart de ces entretiens ont été utilisés dans les deux livres que j'ai publiés sur Rougé. 

La première édition de mon ouvrage fut publiée à Paris, chez Jacques Grancher, en 1974. Le tirage de 5000 exemplaires fut rapidement épuisé. Plus tard, aux éditons Cénomane, je rééditais ce livre après l'avoir considérablement enrichi de documents nouveaux. Cénomane réédita ce livre en 1987 et 1998. Une quatrième édition est en projet.

Sophie et Dominique


Notre-Dame du Pé est aussi devenu un lieu de pèlerinage pour Sophie, notre trésorière, et pour moi. En 1993, lors de l'inauguration d'un vitrail en l'église de Notre-Dame du Pé, à la mémoire de l'abbé Moreau, noyé en Loire en décembre 1793, l'abbé Boven me demanda d'animer une conférence sur l'histoire de la chouannerie dans cette région. Bien entendu j'acceptai. La même année, Sophie et moi, découvrant que nous n'étions pas indifférents l'un à l'autre et que nous avions moins de divergences que de points communs, et n'ayant nullement l'intention, évidemment, de vivre en débauchés (c'est à dire en dehors les principes pour lesquels se battaient les Vendéens), nous décidâmes d'unir nos vies. Notre mariage civil eut lieu au cœur de la Vendée. Mais pour notre mariage religieux, nous décidâmes qu'il serait célébré dans le rit extraordinaire, à Notre-Dame du Pé, dans cette petite église riche pour nous en souvenirs.
   Par la suite nos enfants reçurent le baptême et firent leurs communions en cette église devenue incontournable pour Sophie et moi. Beaucoup d'adhérents de la Vendée Militaire assistèrent au mariage du président et de la trésorière. Nos témoins furent d'ailleurs des adhérents de notre association. Trois journaux de cette région publièrent un reportage sur notre mariage. Nous étions dans le pays de Rougé Le braconnier et j'étais considéré comme son historien. C'était aussi le temps où l'on parlait d'un film sur cette affaire. Notre mariage devenait donc une petite attraction pour les journalistes.
Notre-Dame du Pé, restera pour Sophie, nos deux enfants et moi un haut lieu de notre vie. Après bientôt 25 ans de mariage, mon épouse et moi remercions, sans cesse, le bon Dieu de nous avoir fait nous rencontrer. La Vendée a cimenté notre union. Malgré nos enfants, mon travail, nous n'avons jamais cessé un seul instant de nous occuper de la Vendée. Ainsi nous avons pu mener une vie familiale riche et prenante et nous occuper de cette noble cause qu'est la Vendée. Nous l'avons mise, après nos enfants, au sommet de nos préoccupations. Nous avons essayé, avec les membres du bureau de notre association, de faire plaisir à nos adhérents en célébrant cette histoire avec cœur et détermination. Et malgré les responsabilités que cela suppose en tant que président et trésorière. L'âge ne fait rien à l'affaire (lors de la création de la Vendée Militaire, je n'avais que 29 ans) ni au travail. On peut fort bien cumuler "travail, famille et passion". Il suffit d'être suffisamment organisé, avoir une vie non dispersée et disposer d'une volonté de chaque instant. Rien ne peut faire obstacle à une vraie passion.

D.L.



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