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jeudi 19 juillet 2018

Une bonne nouvelle pour les collectionneurs : La Marie-Jeanne, le canon fétiche des vendéens, reconstituée par Jean-Claude Moguet





La Marie-Jeanne est un canon pris aux Républicains, à Coron.
Ce canon proviendrait d’une batterie de six pièces, placée devant le château de Richelieu (Indre et Loire) (Château disparu). Son ornementation intègre les armoiries d'Armand du Plessis de Richelieu (1585-1642).

Il s’agit d’un canon de 8 livres, en bronze, approximativement de 163.

Cette pièce n’était pas destinée à un usage militaire mais en ornementation, pour des tirs d’honneur à petite charge, pas pour un usage de bataille. Il en résultera une fêlure comme canon de combat.

Ce lot de 6 canons du château de Richelieu était identique. Un canon est identifié comme étant la Marie Jeanne, un autre est conservé au Musée de l’Armée à Paris, la trace des 4 autres est perdue.


Informations fournies par le département de l’artillerie (Musée de l’Armée)

La masse du tube seul est de 872 kg, celle de la pièce en batterie est estimée à 1500 kg.

Dans l’idéal, 8 hommes (2 canonniers et 6 servants) sont prévus pour le maniement de cette pièce.

On peut descendre ce nombre à quatre (un approvisionneur, un écouvillonneur, un pointeur et un tireur) pour une armée comme celle-ci, mais avec d’autres soldats autour qui vont aider à déplacer la pièce.

Le rythme de tir dépend de la qualité des servants et de la précision du pointage.
De 4 coups/minute pour un tir non précis à 1 ou 2 coups/minute pour un tir ajusté, la portée utile doit être de 600/800 mètres environ.

Sa prise

Des compagnies de la garde nationale de Saumur marchaient sur Vihiers et s’étaient mises en bataille
à la Butte-aux-Hommes. Ils avaient avec eux une pièce prise quelques jours auparavant au château de Richelieu. Cathelineau se porte immédiatement dessus et s'empare de la fameuse pièce le 16 mars 1793.
Sur le bouton de culasse était représentée une tête de méduse de type antique. Considérant que ces paysans avaient une pauvre vision et connaissance de représentation artistique de personnages, ils l’assimilent à une tête de femme, cette belle sculpture ne pouvant être que représentation céleste ... Et la prennent pour celle de la Sainte Vierge.

Ils s’en approchent avec respect et, dans la simplicité de leur foi, ils la nomment du nom des filles des deux canonniers qui se chargent d’elle :Marie et Jeanne d’où « Marie-Jeanne ».
 A partir ce cet instant, cette pièce représentera un grand symbole pour ces combattants, ayant un effet similaire à celui que l’arche d’alliance avait eu sur les hébreux dans les combats.

Ses combats

Elle participe à la première victoire le 2 mai, à Bressuire, où Madame de La Rochejaquelein dit qu’elle la vit avec 13 autres canons sur la place. 3 jours plus tard elle combat à Thouars où on la localise jusqu'à octobre 1793.

Elle accompagnera l’armée tout ce temps. Certains textes indiquent qu’elle ne pouvait tirer qu’à mitraille.


Perte de la Marie-Jeanne à la bataille de Fontenay, le 16 mai 1793

Le 13 mai 1793 au matin, les Vendéens rentrent victorieusement dans le bourg de La Châtaigneraie. Ils libèrent les prisonniers, exceptionnellement pilleront et videront les caves.
Le 16 mai ils se dirigent vers Fontenay. Les Vendéens ont environ 600 morts et 80 prisonniers.
Ils perdent une trentaine de canons, dont la Marie-Jeanne et rentrent chez eux dans le haut bocage et les Mauges.

Reconquête de la Marie Jeanne

Le désir de se racheter et de libérer la Marie-Jeanne devient prioritaire le 21 mai. 25 000 hommes sont présents. L’armée n’a jamais été aussi nombreuse pour prendre sa revanche.

Le 25 mai au matin, à Fontenay, le combat est sanglant, il dure à peine une heure.

Les Vendéens récupèrent 40 canons mais pas la Marie-Jeanne !!

Un groupe de gendarme l’emmène sur la route de Niort.
Cathelineau offre 300 écus à celui qui mettra le premier la main sur le canon.

30 cavaliers vendéens, conduits par Henri Forêt , partent à la poursuite des bleus.

Ils les rattrapent 3 kilomètres plus loin à Charzais, au lieu-dit les Granges. Mathurin Biot de Mouchamps gagne la prime en mettant le premier la main sur la Marie Jeanne.
Les Vendéens sont à genoux devant la pièce et prennent la place des animaux de trait.

Marie-Jeanne traverse la ville enrubannée et décorée de fleurs par les dames et conduite en cortège à l’intérieur de l’église Notre-Dame les cloches des églises de la ville, sonnent à toute volée 

Sa fin

A Saumur le 10 juin, 19 jours après le siège de Nantes, la pièce est fêlée.
Elle disparaît le 17 octobre 1793 au soir, après la bataille de Cholet. Tous les récits corroborent le fait que les Vendéens se seraient débarrassés d’elle car la pièce était fêlée au moment du passage de la Loire.

Renée Bordereau « Langevin », la batailleuse vendéenne, indique dans ces mémoires que la Marie-Jeanne est jetée dans la Loire près de St Florent.

Une autre indique qu’elle est jeté dans l’étang du Château du Bas-Plessis de Chaudron-en-Mauges.
Des années plus tard, le marquis de Villoutreys fit vider entièrement l’étang en vain. En 1960 un autre nettoyage de l’étang est effectué.
A l’été 1983, un club de chercheurs de trésors, équipé de détecteur de métaux, effectue des recherches. En 1985 les militaires du génie d’Angers, avec un matériel plus sophistiqué, reprennent la recherche.

Malgré ces campagnes de fouilles, le canon n'a jamais été retrouvé, ni situé.

En cas d'immersion dans la Loire, elle est certainement à plusieurs mètres sous la vase. 
Aujourd’hui, avec un drone et des équipements de sondage opérant en géophysique par prospection électromagnétique (technique pétrolière), on la localiserait rapidement, si elle était dans la Loire.



Sa légende

L’appellation « légende » est impropre pour la Marie-Jeanne, car elle a existé et les écrits contemporains relatent son existence et ces faits.
Le mot légende convient à quelque chose dont on doute de l’existence ou n’ayant existé.

Le souvenir de la Marie-Jeanne est demeuré jusqu’à nos jours, tantôt idéaliste, tantôt irréaliste, souvent auréolé de gloire mystique, perçu quelques fois comme une réelle arme efficace et redoutable (ce qu’elle ne fut jamais).

Elle habite le cœur même de l’épopée Vendéenne, donc des hommes. Elle fut vécue comme un porte bonheur, comme un signe de Dieu, comme une présence garantissant la réussite de ces évènements.
Elle fut l’équivalent du palladium ou de l’arche d’alliance pour les combattants Vendéens.

(Le palladium était une statue protectrice d’Athéna, à Troie, considérée comme le gage de la sauvegarde de la cité. L’arche d’alliance est un coffre, contenant les tablettes gravées des 10 commandements, que les Hébreux emmenèrent à la bataille contre les Philistins).


Jean-Claude Moguet




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